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Au cœur du cancer du sein triple négatif : de l’héritage à la perte, quand les cheveux racontent une vie

il y a 10 minutes
6 min de lecture
Sandrine Sophie, fondatrice de Kalia Nature, témoignage sur le cancer du sein triple négatif dans le podcast États Dames

Cancer du sein triple négatif, BRCA1, chimiothérapie, perte des cheveux, féminité, identité…


Dans cet épisode d’États Dames, Sandrine Sophie, fondatrice de Kalia Nature, raconte son parcours face au cancer et le lien profondément intime qui l’unit à ses cheveux texturés.


Pour Sandrine Sophie, les cheveux n’ont jamais été un simple attribut physique.

Ils racontent son enfance en Martinique, les coiffures réalisées par sa mère et sa tante, les nattes, les vanilles et les grands rubans. Ils racontent aussi les longues séances de démêlage, puis le défrisage à l’âge de 12 ans, notamment pour rendre ses cheveux plus faciles à coiffer.


Des années plus tard, devenue mère, Sandrine entreprend le chemin inverse : celui du retour au naturel.


Et puis, en août 2022, un diagnostic vient bouleverser son rapport à son corps et à ses cheveux : un cancer du sein triple négatif lié au gène BRCA1.

Une histoire dans laquelle les cheveux deviennent le fil conducteur d’un parcours beaucoup plus vaste : celui de l’identité, de la transmission, de la féminité, de la maladie et de la reconstruction.


Des cheveux texturés chargés d’histoire et de transmission


Avant le cancer, il y a donc la petite Sandrine.


Elle grandit en Martinique entourée de femmes qui prennent soin de ses cheveux. Sa mère et sa tante la coiffent et Sandrine garde de cette période le souvenir d’une petite fille coquette qui aime ses jolies coiffures.


Mais il y a aussi une autre réalité : celle du démêlage difficile et douloureux.

À 12 ans, sa mère lui défrise les cheveux. Sandrine explique qu’à cette époque, elle ne connaît finalement que très peu la texture naturelle de ses propres cheveux.

Ce rapport au cheveu évoluera profondément lorsqu’elle deviendra elle-même maman.


Devenir mère et choisir le retour aux cheveux naturels

À 31 ans, Sandrine donne naissance à sa première fille, Nila.

En cherchant des produits naturels adaptés à ses cheveux texturés, elle constate qu’elle trouve difficilement ce dont elle a besoin. Elle commence alors à formuler elle-même des soins, en s’appuyant notamment sur les recettes de sa grand-mère, Mamie Bernadette, qui travaillait les plantes et les fleurs en Martinique.

Mais cette démarche provoque également une prise de conscience très personnelle.


Comment apprendre à sa fille à aimer son cheveu naturel lorsqu’elle-même continue à défriser le sien ?


Sandrine entame alors sa transition capillaire. Son dernier défrisage date de septembre 2008 et, en janvier 2010, elle réalise son « big chop », cette grande coupe qui lui permet de repartir avec son cheveu naturel.


Cette histoire de transmission, de formulation et de recherche de soins adaptés participera à la naissance de Kalia Nature.


Mais derrière la question des produits se trouve quelque chose de beaucoup plus profond : apprendre à considérer le cheveu texturé non comme quelque chose qu’il faudrait corriger ou cacher, mais comme une partie de soi.

Pour Sandrine, cette transmission est liée à ses origines, à sa culture, à sa féminité et à l'acceptation de soi.


Cancer du sein triple négatif : « Je vais perdre tous mes cheveux »


Le 18 août 2022, après plusieurs semaines d’interrogations autour d’une boule découverte dans son sein gauche, Sandrine apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein triple négatif, qu’elle relie dans son témoignage au gène BRCA1, également présent dans son histoire familiale.


Face à l’annonce, sa première pensée la surprend elle-même.

« Mon Dieu, je vais perdre tous mes cheveux. »

Sandrine explique que ses cheveux sont alors bien plus qu’une apparence. Ils font partie de son identité, mais aussi de son activité professionnelle : elle a créé une marque destinée à accompagner des femmes dans l’acceptation et le soin de leurs cheveux.


Le cancer menace soudain ce qu’elle avait mis des années à retrouver et à aimer.


Et derrière la peur de perdre ses cheveux apparaît une question beaucoup plus intime : que reste-t-il de notre rapport à nous-même lorsque la maladie transforme notre apparence ?


La chimiothérapie et le jour où les cheveux tombent


Sandrine sait que la chimiothérapie risque d’entraîner la chute de ses cheveux. Elle choisit donc de les couper progressivement avant même qu’ils ne tombent.

Mais savoir n’empêche pas le choc.


Après une première chimiothérapie particulièrement difficile, qui entraîne une hospitalisation, ses cheveux commencent à tomber après la deuxième séance. Sous la douche, au moment du shampoing, le peu de cheveux qui lui reste tombe.

Son mari retrouve alors une tondeuse dans leurs cartons de déménagement. Avec lui et sa fille, Sandrine se rase la tête.


Elle explique ne pas vouloir « subir » la maladie. Pendant ses chimiothérapies, elle continue à se maquiller, porte une prothèse capillaire, redessine ses sourcils, met des faux cils et du rouge à lèvres.


Elle décrit cette façon de préserver une partie de sa confiance comme « l’art du paraître bien ».

Derrière l’apparence, pourtant, le combat continue.


Être malade et continuer à être cheffe d’entreprise

Le témoignage de Sandrine met également en lumière une dimension moins souvent racontée du cancer : vivre une maladie grave lorsque l’on dirige une entreprise.

Sandrine continue à assumer son rôle au sein de Kalia Nature. Elle explique que rester la présidente et la formulatrice de la marque lui permet aussi de ne pas se sentir uniquement malade.


Ses salariés comptent sur l’entreprise. Elle ressent une responsabilité envers eux et leurs familles.


Il lui arrive ainsi de participer à un comité de direction en visioconférence seulement quelques heures après une chimiothérapie. Son mari, cofondateur de la marque, ainsi qu’une collaboratrice prennent également le relais.


Le travail devient paradoxalement l’un des endroits auxquels elle se raccroche pour continuer à se sentir vivante.


Après avoir tenu, l’effondrement psychologique



Pendant presque un an, Sandrine tient.

Puis, en septembre 2023, elle décrit ce qu’elle identifie comme un burn-out.

Les traitements, les opérations, la radiothérapie, les complications physiques, les difficultés de son entreprise et la précarité financière liée à sa situation d’entrepreneure s’accumulent. Son état psychologique se dégrade profondément. Elle évoque dans son témoignage des pensées suicidaires et des idées d’autodestruction.


C’est aussi à cet endroit de son histoire que la présence des proches prend toute son importance.


Son mari devient, selon ses mots, une véritable source de force. Ses filles, sa mère et sa belle-mère sont également présentes. Sandrine doit apprendre quelque chose qu’elle connaît peu : laisser les autres la porter.


Son témoignage rappelle ainsi une réalité essentielle : le parcours du cancer ne s’arrête pas aux traitements médicaux. Il touche aussi l’équilibre psychologique, familial, professionnel et économique.


Quand les cheveux repoussent


Puis vient la repousse.

Et là encore, rien n’est aussi simple qu’avant.

Les premiers cheveux de Sandrine sont très fins, grisâtres et différents de ceux qu’elle connaissait. Une zone à l’arrière de son crâne repousse difficilement.

Sur les conseils de son infirmière, elle finit par les raser une nouvelle fois.

Progressivement, Sandrine retrouve une texture qu’elle reconnaît davantage. Elle abandonne finalement sa prothèse capillaire et décide de porter fièrement ses cheveux naturels, même très courts.


Un geste apparemment simple devient alors chargé de sens.

Elle peut de nouveau passer ses doigts dans ses cheveux.

Les toucher.

En prendre soin.

Et surtout, les reconnaître comme les siens.


« Tel le phénix »

À la fin de son témoignage, Sandrine utilise une image particulièrement forte pour parler de cette transformation :

« J’ai perdu cette aura, j’ai perdu mes cheveux et tel le phénix, quand ils ont repoussé… »

Cette repousse ne signifie pas revenir exactement à celle qu’elle était avant le cancer.

Son histoire semble plutôt raconter une réappropriation.

Sandrine affirme désormais que le cheveu texturé peut être professionnel, qu’il n’a pas à être caché pour entrer dans un cadre ou dans un moule. Pour elle, ses cheveux font pleinement partie de son identité, de son histoire, de ses origines et des valeurs qu’elle souhaite transmettre.


Cancer et entrepreneuriat : un manque d’accompagnement que Sandrine veut aussi dénoncer

Avant de terminer son témoignage, Sandrine souhaite faire passer un autre message.

Elle estime que les personnes entrepreneures confrontées à la maladie ne sont pas suffisamment accompagnées. Elle raconte notamment avoir connu une situation de précarité financière alors même qu’elle devait interrompre une partie de son activité pour se soigner.


C’est un autre visage du cancer que son témoignage permet d’entendre : celui des conséquences professionnelles et financières qui peuvent accompagner la maladie.


Écouter le témoignage de Sandrine Sophie dans États Dames


Dans cet épisode, les cheveux constituent finalement un fil.

Celui qui relie une petite fille martiniquaise à la femme devenue mère, entrepreneure, puis patiente atteinte d’un cancer du sein.


Ils racontent ce que l’on reçoit des femmes qui nous précèdent.

Ce que l’on rejette parfois.

Ce que l’on apprend à aimer.

Ce que la maladie peut nous enlever.

Et ce que l’on choisit ensuite de se réapproprier.



« Au cœur du cancer du sein : de l’héritage à la perte, quand les cheveux racontent une vie »

dans États Dames – Au cœur de votre santé.

Sandrine Sophie : @sandrinesophie.ceoKalia Nature : @kalianature

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