TDAH adulte : quels sont les signes et comment le reconnaître ? Avec Émilie Boddez
- 23 nov. 2025
- 10 min de lecture
Trigger warning :
Cet épisode évoque l’estime de soi, la honte, la culpabilité, le sentiment d’être “trop” ou “pas assez”, ainsi que la fatigue mentale liée au TDAH.
Recevoir un diagnostic de TDAH à l’âge adulte, c’est comme allumer la lumière dans une pièce où l’on a vécu toute sa vie dans la pénombre.Soudain, tout s’éclaire : les difficultés à s’organiser, la procrastination, l’hyperactivité mentale, l’hypersensibilité, les relations compliquées, la fatigue… Mais cette prise de conscience s’accompagne souvent d’un tsunami émotionnel : soulagement, tristesse, colère, vertige, et une immense remise en question.
Dans cet épisode d’États Dames, je reçois Émilie Boddez, thérapeute spécialisée dans l’accompagnement des adultes TDAH et formée à la Gestalt-thérapie. Elle accompagne celles et ceux qui découvrent leur fonctionnement atypique et cherchent à mieux se comprendre… sans se juger.
Qui est Émilie Boddez ?
Émilie est thérapeute spécialisée dans le TDAH adulte et formée à la Gestalt-thérapie.Elle reçoit au cabinet et en visio des adultes qui viennent de mettre un mot sur leurs difficultés : TDAH.
Dans son approche :
elle relie émotions, corps et vécu du patient,
elle ne s’arrête pas au mental (déjà en ébullition chez beaucoup de TDAH),
elle aide à adapter le quotidien : organisation, gestion du temps, priorités, charge mentale,
elle remet la personne au centre de sa propre thérapie, dans une approche profondément humaniste.
Le TDAH à l’âge adulte : quand le diagnostic réécrit toute une vie
Beaucoup d’adultes avec un TDAH n’ont jamais été diagnostiqués enfants.Ils arrivent en thérapie avec :
des années de décalage ressenties,
des phrases qui ont marqué : “Tu es trop dispersé·e”, “Tu es dans la lune”, “Tu ne fais jamais les choses jusqu’au bout”,
des bulletins scolaires, reproches, conflits familiaux, incompréhensions accumulées.
Au moment du diagnostic, Émilie observe souvent deux temps :
Le soulagement
“Je comprends enfin pourquoi j’ai vécu tout ça… Ça explique tellement de choses.”
Le vertige
“OK, j’ai un TDAH… mais qu’est-ce que je fais de ça maintenant ?”
C’est là que commence le travail thérapeutique : passer de l’étiquette à la compréhension de soi, puis à l’action.
Honte, culpabilité, sentiment d’être “nulle” : le poids émotionnel du TDAH
Chez les adultes TDAH, Émilie retrouve très souvent :
une baisse massive de l’estime de soi,
une perte de confiance,
le sentiment d’être “nul·le”, “pas à la hauteur”, “différent·e des autres”,
une impression de ne jamais rentrer dans la norme, voire d’être un “extraterrestre”.
À cela s’ajoutent :
une tristesse profonde,
une colère souvent bloquée,
beaucoup de peur (peur d’échouer, d’être jugé·e, d’être rejeté·e),
et parfois une coupure totale des émotions.
Pour survivre, certains adultes TDAH ont construit dès l’enfance une armure émotionnelle :ils se coupent de ce qu’ils ressentent pour ne plus souffrir.En séance, quand Émilie demande : “Que ressentez-vous ?”, la réponse peut être :
“Je ne ressens rien.”
Ou au contraire, l’inverse : des émotions tellement fortes qu’elles deviennent incontrôlables :
“Je suis submergé·e, je ne sais pas quoi en faire.”
La Gestalt-thérapie : redescendre du mental vers le corps
La Gestalt-thérapie permet de ne pas rester coincé dans le mental (déjà surchargé chez les personnes TDAH).
Avec ses patients, Émilie :
ramène l’attention vers le corps :
Où est-ce que tu ressens cette émotion ? Dans le ventre ? La poitrine ? La gorge ?
interroge les sensations : chaud, froid, tension, pression, douleur, vide…
relie ces ressentis à des émotions et à des situations concrètes.
Petit à petit, la personne :
apprend à identifier ce qu’elle ressent,
comprend ce que ses émotions viennent lui dire,
sort de l’automatisme “je fonce / je bloque / je m’effondre”.
C’est un travail en profondeur, idéal pour un cerveau qui tourne vite : on vient poser, ancrer, ralentir.
Adapter son quotidien : organisation, tâches et gestion du temps
Le TDAH n’est pas “juste” une histoire de concentration.Dans le quotidien, Émilie voit souvent :
des problèmes d’organisation,
une gestion du temps très complexe,
de la procrastination,
une sensation que chaque petite tâche est une montagne.
Elle raconte par exemple le cas d’une cliente paralysée par ses dossiers administratifs.Ensemble, elles ont :
découpé la tâche : combien de temps pour un dossier ?
planifié dans l’agenda : jour + heure précise, après une phase de repos,
autorisé un temps réduit si besoin (15 minutes au lieu d’une heure),
mis en place une récompense après l’effort (activité plaisir, sortie, moment ressource).
Ce type d’accompagnement permet :
de réduire l’anxiété liée à l’action,
de redonner à la personne un sentiment de capacité : “Je peux y arriver, étape par étape”,
de sortir de la boucle “je procrastine → je culpabilise → je me sens nulle”.
TDAH et entourage : expliquer son fonctionnement sans se perdre
Le TDAH est un trouble invisible : on ne le voit pas sur un visage ou une radio.Pour l’entourage, il est parfois tentant de réduire cela à :
“tête en l’air”,
“bordélique”,
“il/elle n’écoute jamais”,
“il/elle ne fait aucun effort”.
Émilie rappelle à quel point il est crucial :
d’expliquer concrètement ce que le TDAH implique au quotidien,
de parler en “je” :
“Je me fatigue plus vite.”“Je perds la notion du temps.”“J’ai du mal à passer à l’action même si je veux vraiment faire les choses.”
de décrire les difficultés réelles plutôt que de se justifier en permanence.
Elle observe aussi :
des familles ou proches qui minimisent :
“Le TDAH, encore un truc à la mode, n’importe quoi…”
ce qui crée une nouvelle couche de honte et de solitude chez la personne.
Pour Émilie, le TDAH n’est pas un effet de mode.C’est un trouble réel, avec des personnes en souffrance derrière.
Relations, amour et TDAH : trouver un équilibre à deux
Dans le couple, le TDAH peut amener :
des tensions autour du rangement, de l’organisation, des affaires qui traînent,
des incompréhensions :
“Il/elle laisse toujours tout en plan, c’est de la flemme.”
de la sensibilité exacerbée aux mots, au ton, aux critiques.
Émilie insiste :
la personne TDAH fait souvent déjà énormément d’efforts pour rentrer dans un cadre,
ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais un fonctionnement neurologique différent,
l’autre partenaire doit apprendre à s’adapter, faire preuve de souplesse, de tolérance, de curiosité.
Elle encourage les personnes TDAH à être authentiques dès le départ :
dire qu’elles ont un TDAH,
expliquer leur fonctionnement,
éviter le masking (se camoufler pour paraître “normal·e”), qui finit toujours par exploser.
Apaiser le cerveau qui tourne à 1000 à l’heure : sommeil, rituels et respiration
refait la journée,
anticipe demain,
tourne en boucle,
empêche l’endormissement.
Émilie propose plusieurs pistes :
instaurer des rituels de coucher (heure fixe, gestes répétitifs rassurants),
limiter les écrans avant le sommeil,
parfois envisager un soutien (mélatonine, avis médical, huiles essentielles, etc.),
utiliser des pratiques corporelles : yoga, sophrologie, relaxation, respiration guidée,
ou au contraire, pour certains, décharger l’énergie par le sport (course, boxe, natation…).
Elle rappelle aussi que la méditation ne convient pas à tout le monde :
chez certaines personnes TDAH, elle peut même augmenter le flux de pensées,
l’important est de trouver ce qui fonctionne pour soi (respiration, mouvement, écriture, sport, etc.), sans se forcer à rentrer dans un modèle.
La métaphore de l’autoroute : comprendre son cerveau autrement
Pour expliquer le TDAH, Émilie utilise une image très parlante :
Le cerveau, c’est comme un système de routes.
Parfois, c’est une autoroute où tout va trop vite : impossible de freiner, de s’arrêter au feu rouge, de prendre la bonne sortie à temps.
Parfois, c’est un bouchon géant : tout est bloqué, l’info ne circule plus, impossible de passer à l’action.
Le TDAH, c’est ce cerveau qui alterne entre vitesse extrême et blocage complet. Et la thérapie, c’est un peu comme apprendre à conduire autrement, avec :
des panneaux plus clairs,
quelqu’un qui aide à faire la circulation,
des pauses sur l’aire d’autoroute,
et des freins qui fonctionnent enfin.
Un message d’espoir pour les adultes qui découvrent leur TDAH
À la fin de l’épisode, Émilie adresse un message fort :
Oui, on peut vivre avec un TDAH.
Oui, on peut créer une vie qui nous ressemble, en s’adaptant à son fonctionnement.
Le TDAH n’est pas un défaut, c’est une caractéristique, avec aussi des forces : créativité, idées, intuition, sensibilité.
Elle encourage :
à se faire accompagner (thérapie, médecins, professionnels formés au TDAH),
à mieux se connaître,
à s’appuyer sur ses forces,
à croire qu’une vie plus douce, plus alignée, est possible, même avec un TDAH.
“Le TDAH n’est pas une erreur. C’est une manière d’être au monde. À vous maintenant de faire de cette différence une force.”
FAQ – Au cœur du TDAH adulte : comprendre, accepter, avancer
Qu’est-ce que le TDAH adulte ?
Le TDAH adulte est un trouble neurodéveloppemental qui peut impacter l’attention, l’organisation, la gestion du temps, les émotions, l’impulsivité, la motivation ou encore le sommeil. Chez beaucoup d’adultes, il est diagnostiqué tardivement, après des années d’incompréhension.
Pourquoi recevoir un diagnostic de TDAH à l’âge adulte peut-il être bouleversant ?
Parce que le diagnostic vient souvent éclairer toute une histoire de vie. Beaucoup de personnes comprennent enfin pourquoi elles se sont senties différentes, en difficulté, en décalage ou incomprises depuis l’enfance. Cela peut provoquer à la fois un soulagement et un choc.
Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ?
La Gestalt-thérapie est une approche thérapeutique qui s’intéresse aux émotions, aux ressentis corporels et à ce qui se vit dans la relation. Avec les personnes TDAH, elle peut aider à sortir du mental, à ralentir le flux de pensées et à reconnecter le corps et les émotions.
Pourquoi le corps est-il important dans l’accompagnement du TDAH ?
Parce que les personnes avec un TDAH peuvent avoir un mental très actif, parfois en ébullition permanente. Revenir au corps permet de faire une pause, d’observer ce qui se passe à l’intérieur et de mieux comprendre les émotions.
Quelles émotions reviennent souvent chez les adultes avec un TDAH ?
Émilie Boddez observe souvent une baisse de l’estime de soi, une perte de confiance, de la honte, de la colère, une profonde tristesse, de la peur ou encore le sentiment d’être “nul”, différent ou en décalage.
Pourquoi le TDAH peut-il abîmer l’estime de soi ?
Beaucoup d’adultes TDAH ont grandi avec des critiques, des incompréhensions ou des humiliations liées à leurs difficultés d’organisation, d’attention ou de comportement. À force d’entendre qu’ils ne font pas assez bien, ils peuvent finir par croire qu’ils sont le problème.
Pourquoi certaines personnes TDAH se coupent-elles de leurs émotions ?
Lorsqu’une personne a été très critiquée ou malmenée, elle peut construire une armure émotionnelle pour se protéger. Elle peut alors ne plus savoir identifier ce qu’elle ressent, ou au contraire vivre des émotions très fortes et difficiles à réguler.
Comment apprendre à réguler ses émotions quand on a un TDAH ?
La première étape est d’accueillir l’émotion, puis d’observer où elle se manifeste dans le corps : dans le ventre, la poitrine, le dos, la gorge… Ensuite, on peut chercher à comprendre le message de cette émotion : pourquoi est-elle là, maintenant ?
Pourquoi l’organisation est-elle souvent difficile avec un TDAH ?
Le TDAH peut rendre la gestion du temps, la planification et le passage à l’action très coûteux en énergie. Une tâche simple peut devenir une montagne, surtout lorsqu’elle est ennuyeuse, peu motivante ou source d’anxiété.
Comment mieux gérer les tâches administratives ou difficiles ?
Émilie Boddez conseille de découper la tâche, de la planifier précisément dans l’agenda et de commencer petit : 15 minutes peuvent déjà être une victoire. Après l’effort, il est important de prévoir une récompense ou une activité agréable.
Pourquoi la procrastination n’est-elle pas de la paresse ?
Chez les personnes TDAH, procrastiner ne signifie pas “ne pas vouloir faire”. Il peut s’agir d’une difficulté à passer à l’action, d’un manque de motivation, d’une fatigue importante ou d’un blocage lié à la surcharge mentale.
Pourquoi les routines peuvent-elles aider ?
Les routines, les rituels, les plannings visuels, les alarmes ou les to-do lists peuvent aider à sécuriser le quotidien et à alléger la charge mentale. Même à l’âge adulte, des outils visuels inspirés de ceux utilisés pour les enfants peuvent être très utiles.
Pourquoi les routines peuvent-elles parfois ne plus fonctionner ?
Parce qu’une routine peut devenir ennuyeuse ou trop répétitive pour une personne TDAH. Elle peut alors perdre son effet motivant. L’enjeu est de trouver un équilibre entre structure, souplesse et plaisir.
Quel est le lien entre TDAH et anxiété ?
L’anxiété peut apparaître lorsque la personne n’arrive pas à s’organiser, à passer à l’action ou à gérer son temps. La peur de ne pas réussir, de décevoir ou d’être jugée peut aussi renforcer l’anxiété de performance.
Pourquoi les personnes TDAH peuvent-elles se sentir “trop” ?
Elles peuvent avoir l’impression d’avoir trop de pensées, trop d’émotions, trop d’intensité, ou de ne pas correspondre aux attentes des autres. Ce sentiment d’être “en trop” peut créer de la honte, de l’isolement ou du masking.
Qu’est-ce que le masking dans le TDAH ?
Le masking consiste à cacher ou compenser son fonctionnement pour paraître “comme tout le monde”. Cela demande beaucoup d’énergie et peut éloigner la personne de son authenticité, notamment dans les relations amicales, familiales ou amoureuses.
Comment mieux expliquer son TDAH à son entourage ?
Il peut être utile d’expliquer concrètement ce que le TDAH provoque dans le quotidien : fatigue, surcharge mentale, oublis, procrastination, difficultés avec le temps, hyperactivité mentale. Parler de son ressenti, sans accuser l’autre, peut aider l’entourage à mieux comprendre.
Pourquoi le TDAH est-il parfois minimisé par l’entourage ?
Parce que c’est un trouble invisible. Certaines difficultés peuvent être confondues avec de la paresse, de la négligence ou un manque de volonté, alors qu’elles sont liées au fonctionnement cognitif de la personne.
Comment apaiser le mental quand on a un TDAH ?
Plusieurs pistes peuvent aider : la respiration carrée, la cohérence cardiaque, le yoga, la sophrologie, le sport, la natation, les rituels du coucher ou encore les exercices centrés sur le corps. L’important est de trouver la méthode qui correspond réellement à la personne.
La méditation fonctionne-t-elle toujours avec le TDAH ?
Non. Pour certaines personnes TDAH, la méditation peut apaiser. Pour d’autres, elle peut au contraire accentuer le flux de pensées. Il ne faut pas se forcer : il existe d’autres outils comme la respiration, le mouvement ou les activités corporelles.
Qu’est-ce que la respiration carrée ?
La respiration carrée consiste à inspirer sur un temps donné, retenir sa respiration, expirer, puis maintenir à nouveau, toujours sur le même nombre de secondes. Elle aide à focaliser l’attention sur le souffle et à calmer le système nerveux.
Pourquoi le sommeil peut-il être difficile avec un TDAH ?
Le cerveau peut rester en activité permanente, surtout au moment du coucher. Les pensées tournent en boucle, ce qui peut rendre l’endormissement compliqué et augmenter l’anxiété.
Que faire en cas de troubles importants du sommeil ?
Des rituels réguliers peuvent aider : horaires fixes, routine apaisante, respiration, huiles essentielles si elles conviennent, réduction des stimulations. En cas de troubles importants ou persistants, il est recommandé de consulter un médecin spécialisé.
Quelle image Émilie Boddez utilise-t-elle pour expliquer le TDAH ?
lle compare le TDAH à une route ou une autoroute : parfois, tout va trop vite et les freins ne fonctionnent pas assez bien ; parfois, au contraire, il y a un embouteillage et les informations ne passent plus. Cette image permet de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau TDAH.
Peut-on bien vivre avec un TDAH adulte ?
Oui. Émilie Boddez rappelle qu’il est possible de vivre avec un TDAH, de s’adapter, de travailler, de créer et de construire une belle vie. Le plus important est de mieux se connaître, de s’entourer, de mettre en place des adaptations et de s’appuyer sur ses forces.
Le TDAH peut-il aussi être une force ?
Oui. Le TDAH peut s’accompagner de créativité, d’idées, d’intensité, de sensibilité et d’une grande capacité à imaginer. L’objectif n’est pas de nier les difficultés, mais de reconnaître aussi les ressources et les qualités liées à ce fonctionnement.




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