Au cœur de l’AVC à 24 ans : se reconstruire après
Dernière mise à jour : 10 oct.

À 24 ans, Julie était étudiante en droit, sportive, dynamique et tournée vers l’avenir. Puis, en quelques minutes, un accident vasculaire cérébral bouleverse tout. Dans cet épisode d’États Dames, elle raconte l’urgence, la rééducation, les séquelles invisibles, la fatigue, la santé mentale et cette reconstruction qui l’a obligée à apprendre à vivre autrement.
Trigger Warning — Cet épisode aborde un accident vasculaire cérébral, l’hospitalisation, le handicap, la perte d’autonomie, la dépression, des pensées suicidaires évoquées dans le témoignage et les difficultés psychologiques liées à l’après-AVC. Si certains passages sont trop difficiles pour vous, vous pouvez interrompre votre écoute ou votre lecture et y revenir plus tard.
Une vie ordinaire à 24 ans… jusqu’au jour où tout bascule
Avant son AVC, Julie vit à cent à l’heure.
Elle est en dernière année d’études de droit, fait beaucoup de sport, sort avec ses amis et réfléchit encore à son avenir professionnel. Avocate ? Juriste ? Doctorante ? Elle ne sait pas encore exactement quelle direction prendre.
Mais une chose est certaine : à 24 ans, elle ne s’imagine absolument pas faire un AVC.
Comme beaucoup de personnes jeunes, Julie associe alors l’accident vasculaire cérébral aux personnes plus âgées.
Dans son esprit, cette maladie ne fait tout simplement pas partie des risques auxquels une jeune femme de 24 ans doit penser.
Et pourtant, un jour ordinaire, tout bascule.
Le saviez-vous ?
Un accident vasculaire cérébral peut survenir à tout âge chez l’adulte. L’Inserm rappelle qu’un AVC correspond soit à l’obstruction d’un vaisseau sanguin cérébral — AVC ischémique — soit à sa rupture — AVC hémorragique. Il s’agit d’une urgence médicale absolue. Inserm
Les données françaises montrent cependant que le risque augmente fortement avec l’âge. En 2022, plus de 122 000 adultes ont été hospitalisés pour un AVC en France. Parmi eux, 5 610 avaient entre 18 et 44 ans. Santé publique France
Autrement dit, l’AVC est beaucoup plus fréquent chez les personnes âgées, mais être jeune ne protège pas totalement du risque.
C’est précisément l’un des messages que Julie souhaite transmettre à travers son témoignage.
« J’ai deux anniversaires. J’ai ma naissance biologique […] et j’ai ma naissance qui est finalement ma renaissance avec la date de mon AVC. » Au cœur de l’AVC à 24 ans
Trois ans et demi après son accident lorsqu’elle témoigne, Julie ne parle pas uniquement d’un événement médical.
Elle parle d’une rupture.
D’un avant.
Et d’un après.
Les moments clés de l’épisode
1. À 24 ans, l’AVC lui semblait impossible
Julie le dit elle-même : l’idée de faire un AVC lui semblait totalement improbable.
Dans son imaginaire, les AVC concernaient principalement les personnes âgées. Elle explique également qu’elle n’avait jamais été véritablement sensibilisée au fait qu’une maladie grave pouvait survenir si jeune.
Cette perception est importante, car lorsqu’un événement paraît impossible, il peut être plus difficile d’identifier les signes lorsqu’ils apparaissent.
2. « D’un coup, je reste figée »
Le jour de son AVC commence comme n’importe quel autre week-end.
Julie est avec son compagnon. Ils vont voir une compétition de skate.
Elle se sent un peu fatiguée, mais cela ne l’inquiète pas particulièrement : elle révise beaucoup à cette période, prépare ses examens et son mémoire.
Une fois rentrée chez elle, elle se lève pour aller chercher ses lunettes.
Et soudain, son corps ne répond plus normalement.
Elle reste figée.
Sa bouche se bloque.
Elle ressent un très fort mal de tête, des sueurs, des vertiges, des nausées et des fourmillements dans le bras gauche.
Migraineuse depuis longtemps, Julie pense d’abord à une migraine avec aura.
Mais les symptômes deviennent différents de ceux qu’elle connaît.
Sa main gauche devient presque insensible.
Sa bouche reste verrouillée.
Elle comprend alors que quelque chose ne va pas.
3. Ne pas vouloir « déranger » les secours
Malgré ses symptômes, Julie ne veut pas appeler les urgences.
Elle pense qu’il existe forcément des situations plus graves que la sienne.
Elle ne veut pas « déranger ».
Son compagnon insiste.
Et aujourd’hui, elle lui en est profondément reconnaissante.
Son récit rappelle une consigne essentielle : lorsqu’un AVC est suspecté, il ne faut pas attendre de voir si les symptômes passent.
L’Assurance Maladie recommande d’appeler immédiatement le 15 ou le 112 en présence d’un signe évocateur survenu brutalement. Ameli
Reconnaître les signes d’un AVC : chaque minute compte
Les symptômes apparaissent généralement brutalement.
Ils peuvent notamment comprendre :
une faiblesse ou un engourdissement d’un bras ou d’une jambe ;
une déformation ou une paralysie du visage ;
des difficultés à parler ou à comprendre ;
une perte soudaine de l’équilibre ;
des troubles visuels ;
un mal de tête intense, brutal et inhabituel. Ameli
Un moyen simple de retenir certains signes est l’acronyme VITE :
V — Visage paralysé
I — Impossible de bouger un membre
T — Trouble de la parole
E — Éviter le pire en composant le 15 Ameli
Même si les symptômes disparaissent rapidement, comme cela peut arriver lors d’un accident ischémique transitoire — AIT — l’urgence reste la même. Ameli
4. Survivre à l’AVC n’est que le début
Après l’accident, Julie découvre un corps et un cerveau qui ne fonctionnent plus exactement comme avant.
Elle décrit notamment :
des problèmes d’orientation, d’équilibre et de vertiges ;
des difficultés à trouver certains mots ;
une fatigue très importante ;
des troubles de concentration et de mémoire ;
des difficultés dans certaines tâches logiques ;
et des troubles sensitifs du côté gauche.
Elle explique ne plus sentir correctement le sol sous son pied gauche.
Dans certaines zones de son bras ou de sa jambe, la douleur peut être fortement diminuée. Elle raconte s’être déjà coupée sans s’en rendre immédiatement compte.
Ces conséquences vont profondément modifier son quotidien.
Le handicap invisible après un AVC
Julie insiste beaucoup sur cette réalité :
« Ce n’est pas parce qu’on paraît bien qu’on est bien. » Au cœur de l’AVC à 24 ans
Elle est jeune.
Elle peut marcher.
Elle peut sortir seule.
Elle n’est pas systématiquement en fauteuil roulant.
Et pourtant, son handicap existe.
Elle explique devoir régulièrement justifier ses limites parce que certaines de ses séquelles ne sont pas immédiatement visibles.
Son témoignage rappelle qu’un handicap neurologique ne se résume pas nécessairement à ce que l’on peut observer de l’extérieur.
5. Une fatigue difficile à faire comprendre
Avant son AVC, Julie pouvait dormir très peu et multiplier les activités.
Aujourd’hui, son rythme est profondément différent.
Elle raconte avoir besoin d’environ dix heures de sommeil par nuit, de faire des siestes et d’anticiper les périodes de repos avant et après certaines activités. Au cœur de l’AVC à 24 ans
Le bruit, les mouvements et les nombreuses stimulations peuvent augmenter sa fatigue.
Cette fatigue post-AVC est également prise en compte dans les parcours de suivi et de réadaptation, qui doivent être individualisés selon les déficiences et les limitations de chaque personne. Haute Autorité de Santé
Pour Julie, apprendre à vivre avec cette fatigabilité a demandé du temps.
Il lui a fallu comprendre son corps.
Reconnaître ses limites.
Anticiper.
Et accepter que certaines journées ne puissent plus être vécues au même rythme qu’avant.
6. Réapprendre l’autonomie pas à pas
La rééducation prend rapidement une place centrale.
Julie est d’abord hospitalisée dans un centre de rééducation où elle bénéficie d’un accompagnement pluridisciplinaire :
kinésithérapie, orthophonie, ergothérapie, psychologie et neuropsychologie.
Elle poursuit ensuite son accompagnement après son retour à domicile.
Pour elle, l’une des plus grandes victoires consiste à retrouver progressivement la capacité de marcher seule.
Au début, chaque distance devient un objectif :
du lit aux toilettes ;
du lit au couloir ;
puis le jardin ;
puis les escaliers.
Ces gestes qui semblaient autrefois totalement ordinaires deviennent de véritables étapes de reconstruction.
La Haute Autorité de santé souligne que la rééducation et la réadaptation font partie intégrante du parcours post-AVC et peuvent mobiliser différents professionnels selon les besoins de la personne. Elles peuvent se poursuivre au long cours, y compris à la phase chronique. Haute Autorité de Santé
7. Faire le deuil de la Julie d’avant
La reconstruction n’est pas seulement physique.
Elle est aussi profondément identitaire.
Julie explique avoir eu énormément de mal à accepter que la vie d’avant ne reviendrait peut-être jamais exactement.
Trois ans et demi après son AVC, elle dit encore continuer à découvrir des choses sur elle-même et sur ce qu’elle a vécu.
Une question finit par s’imposer :
Qui suis-je maintenant ?
Ce processus est douloureux.
Julie raconte avoir traversé une dépression importante et être accompagnée sur le plan psychiatrique et psychologique.
Elle doit progressivement accepter qu’elle ne redeviendra peut-être jamais exactement la Julie qu’elle était avant.
8. Garder ce qui fait profondément partie de soi
Tout n’a pourtant pas disparu.
Julie retrouve des éléments de sa personnalité auxquels elle tient énormément :
sa joie de vivre ;
son humour ;
son côté « clown » ;
sa détermination ;
son envie d’apprendre ;
et son désir d’aider les autres.
Elle explique même avoir parfois renforcé certaines de ces dimensions à travers l’épreuve.
La reconstruction ne devient alors plus uniquement une tentative de retrouver celle qu’elle était.
Elle consiste aussi à apprendre à connaître celle qu’elle est devenue.
9. Se projeter à nouveau grâce à de petits objectifs
Julie raconte avoir commencé à réellement se projeter lorsqu’elle a été prise en charge pour sa dépression.
Progressivement, le brouillard psychologique s’est allégé.
Elle commence alors par de petits objectifs.
Un premier.
Puis un autre.
Chaque étape franchie devient la preuve qu’un avenir est encore possible.
Parmi ses projets figure notamment l’écriture d’un livre consacré à son expérience de l’AVC.
Un accomplissement important pour elle, mais aussi une manière de transmettre ce qu’elle a vécu de l’intérieur.
10. Sensibiliser les jeunes à l’AVC
Aujourd’hui, Julie souhaite particulièrement faire passer un message :
les jeunes doivent eux aussi connaître les signes d’un AVC.
Elle raconte avoir pris conscience, après son propre accident, du manque d’information dans son entourage.
Des amis lui demandaient ce qu’elle avait ressenti, quels avaient été ses symptômes, comment l’AVC s’était manifesté.
Pour elle, attendre d’être plus âgé pour s’informer n’a aucun sens.
Les données épidémiologiques françaises confirment que, même si l’incidence est nettement plus élevée avec l’âge, des AVC surviennent également chez les adultes de moins de 45 ans. Santé publique France
11. AVC 67 : retrouver des personnes qui comprennent
Julie s’engage également auprès de France AVC 67.
Au départ, rejoindre l’association est difficile émotionnellement.
Elle raconte avoir souvent pleuré et avoir dû d’abord avancer dans son propre chemin d’acceptation.
Avec le temps, l’association devient une véritable « deuxième famille ».
France AVC 67 est l’antenne départementale de la Fédération France AVC dans le Bas-Rhin et organise notamment des rencontres et actions d’information. France AVC
Ce que cet épisode nous apprend
Le témoignage de Julie raconte bien davantage qu’un AVC survenu à 24 ans.
Il raconte ce qui arrive après.
Après l’urgence.
Après l’hôpital.
Après le moment où l’on comprend que l’on a survécu.
Il y a ensuite un corps à redécouvrir.
Des capacités à réapprendre.
Une fatigue à apprivoiser.
Des limites à expliquer.
Un handicap parfois invisible.
Une santé mentale qui peut être profondément fragilisée.
Et surtout une identité qu’il faut reconstruire.
L’histoire de Julie rappelle aussi qu’une récupération ne se mesure pas uniquement à la capacité de marcher ou de parler.
Elle se mesure parfois à des choses beaucoup plus intimes :
oser sortir seule ;
accepter de demander de l’aide ;
renoncer à certains projets ;
en construire de nouveaux ;
et progressivement parvenir à se dire :
« Il y aura un après. »
Transcription structurée de l’épisode
Avant mon AVC, à 24 ans
Avant mon AVC, j’étais une femme très dynamique.
Je courais partout, j’étais concentrée sur mes études, j’aimais sortir avec mes amis, faire beaucoup de sport et différentes activités.
J’étais en dernière année de droit et je ne savais pas encore exactement vers quoi m’orienter : avocate, juriste ou pourquoi pas doctorante.
Je ne savais pas encore précisément ce que j’allais faire de ma vie.
Mais je ne m’imaginais certainement pas faire un AVC.
« Pour moi, un AVC chez une jeune de 24 ans était improbable »
À cet âge-là, je pensais que les AVC concernaient surtout les personnes plus âgées.
On n’est pas réellement sensibilisé au fait que l’on peut avoir un AVC ou une maladie grave en étant jeune.
Pour moi, cela restait abstrait.
Je n’avais jamais imaginé une seule seconde que cela puisse m’arriver.
Le jour où tout a changé
C’était un week-end tout à fait classique.
J’étais avec mon compagnon et nous étions allés voir une compétition de skate.
J’étais un peu fatiguée, mais je révisais beaucoup et je préparais mes examens et mon mémoire.
En rentrant chez moi, je me lève pour aller chercher mes lunettes.
Et tout à coup, je reste figée.
Ma bouche se verrouille.
J’ai très mal à la tête.
J’ai des sueurs, des vertiges, envie de vomir et des fourmillements dans mon bras gauche.
Comme je suis migraineuse, je pense d’abord à une migraine avec aura.
Mais rapidement, je comprends que quelque chose est différent.
Ma main gauche devient quasiment insensible.
Ma bouche ne s’ouvre plus normalement.
Et là, je réalise qu’il y a un vrai problème.
Je ne voulais pas appeler les urgences
Malgré cela, je ne voulais pas appeler.
Je pensais que ce n’était peut-être rien.
Je ne voulais pas déranger le SAMU alors qu’il y avait sûrement des cas plus graves.
Heureusement, mon compagnon était là.
Il a insisté.
Et aujourd’hui, je ne le remercierai jamais assez.
Parce que j’avais réellement fait un AVC.
Découvrir les séquelles
Après mon AVC, j’ai rapidement été confrontée à de nombreuses difficultés.
Des problèmes d’orientation.
D’équilibre.
Des vertiges.
Des difficultés à trouver certains mots.
Une fatigue immense.
Des problèmes de concentration et de mémoire.
Et puis surtout mon côté gauche.
Je ne sens pas correctement le sol sous mon pied gauche.
J’ai aussi des troubles de la sensibilité au niveau de mon bras.
Parfois, je peux me cogner ou me couper sans sentir normalement la douleur.
Ce n’est pas forcément visible.
Mais c’est bien là.
La rééducation
J’ai d’abord été hospitalisée en centre de rééducation.
J’ai eu de la kinésithérapie, de l’orthophonie, de l’ergothérapie, de la psychologie et de la neuropsychologie.
Puis je suis rentrée chez moi et j’ai continué la rééducation.
Aujourd’hui encore, plusieurs années après mon AVC, je continue à travailler sur mes capacités.
Je fais des exercices cognitifs, je marche, je fais du sport et j’utilise parfois des attelles.
Cette rééducation fait partie de mon quotidien.
Ma plus grande victoire : marcher seule
Parmi les victoires qui m’ont le plus marquée, il y a le moment où j’ai pu recommencer à marcher seule.
Au départ, il s’agissait simplement d’aller de mon lit aux toilettes.
Puis jusqu’au couloir.
Puis de pouvoir sortir dans le jardin.
Et finalement monter des escaliers.
Pour quelqu’un d’autre, cela pourrait paraître banal.
Pour moi, c’était immense.
Parce que j’avais toujours aimé être libre, courir partout et avancer.
Retrouver cette autonomie a été l’une de mes plus belles victoires.
Ma deuxième naissance
La reconstruction est quelque chose que j’apprends encore tous les jours.
Trois ans et demi après mon AVC, je continue à avoir du recul sur ce que j’ai vécu.
J’ai eu beaucoup de mal à accepter que la vie d’avant ne serait plus exactement la même.
Aujourd’hui, je dis que j’ai deux anniversaires.
Ma naissance biologique.
Et la date de mon AVC.
Parce que pour moi, cette date correspond à une véritable renaissance.
J’ai énormément appris sur moi, sur les autres, sur mon handicap et sur ce que je veux réellement dans ma vie.
Une fatigue impossible à comparer avec celle d’avant
Depuis mon AVC, la fatigue est très particulière.
Avant, je pouvais dormir quatre ou six heures et multiplier les activités.
Maintenant, j’ai besoin d’environ dix heures de sommeil par nuit.
Je dois faire des siestes.
Je dois me reposer avant une activité et également après.
Le bruit, les mouvements et toutes les sollicitations cognitives me fatiguent énormément.
Avec le temps, j’apprends malgré tout à mieux connaître mon corps et ma fatigabilité.
« Ce n’est pas parce qu’on paraît bien qu’on est bien »
Je dois constamment justifier mes limites.
Parce que je peux paraître aller bien.
Mais paraître bien et aller bien sont deux choses différentes.
Ce n’est pas parce que je marche que je ne suis pas handicapée.
Ce n’est pas parce que je suis jeune que je ne suis pas handicapée.
Et ce n’est pas parce que mon handicap ne se voit pas qu’il n’existe pas.
Mon rapport à mon corps a changé
Après mon AVC, j’ai dû accepter que mes capacités ne soient plus les mêmes.
Je ne peux plus marcher aussi vite.
Je ne peux plus faire du sport exactement comme avant.
Pendant longtemps, j’ai essayé de forcer.
Je me suis blessée plusieurs fois.
Puis j’ai progressivement compris que ce n’était plus possible de fonctionner de la même manière.
Aujourd’hui, j’accepte davantage ce nouveau fonctionnement.
Je suis surtout reconnaissante de pouvoir marcher, vivre, respirer et être encore là.
Faire le deuil de la Julie d’avant
Je pense que j’ai compris assez rapidement que je ne redeviendrais peut-être pas exactement celle que j’étais.
Mais j’étais dans un tel déni que je ne voulais pas le voir.
J’ai traversé une très grosse dépression.
J’ai été accompagnée par des professionnels et cela m’a beaucoup aidée.
Il y a des jours très hauts.
Et des jours très bas.
C’est difficile de tirer un trait sur qui l’on était pour accepter qui l’on devient.
Ce que j’ai gardé de moi
Heureusement, certaines choses sont toujours là.
Ma positivité.
Ma joie de vivre.
Ma folie.
Mon humour.
Ma détermination.
Mon envie d’apprendre et d’aider les autres.
Et ce sont des choses essentielles pour moi.
Ce qui compte, c’est de rester fidèle à soi-même.
Recommencer à imaginer l’avenir
J’ai commencé à réellement me projeter lorsque ma dépression a commencé à être prise en charge.
Petit à petit, le brouillard s’est dissipé.
Je me suis fixé de petits objectifs.
J’en atteignais un.
Puis un autre.
Et à chaque fois, cela me permettait de garder foi en l’avenir.
Parmi ces projets, il y avait l’écriture de mon livre.
Partager mon expérience de l’AVC de l’intérieur est devenu très important pour moi.
Sensibiliser les jeunes
Aujourd’hui, je tiens particulièrement à rappeler que l’AVC peut toucher des personnes jeunes.
Parce qu’on n’en parle pas assez.
Quand on est jeune et que les symptômes apparaissent, on pense facilement :
« Ça ne peut pas être ça. »
Et beaucoup de personnes ne connaissent même pas les signes.
Il faut que l’information soit connue maintenant.
Pas lorsque l’on sera plus âgé.
AVC 67 : ma deuxième famille
Mon engagement auprès d’AVC 67 a énormément compté.
Au départ, c’était difficile.
J’étais encore dans le déni et j’avais du mal à rejoindre l’association.
Puis progressivement, j’ai rencontré des personnes qui comprenaient réellement ce que je vivais.
Nous avons tous des histoires différentes, mais aussi de nombreux points communs.
L’association est devenue une deuxième famille.
« Il y aura un après »
À travers mon livre, j’aimerais que les personnes comprennent qu’elles ne sont pas seules.
Qu’un AVC peut être un parcours extrêmement difficile.
Mais qu’il existe un après.
Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui il y a des pleurs que demain il n’y aura pas des sourires.
Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui quelque chose est impossible que cela le sera toujours.
J’aimerais que les personnes gardent l’espoir.
Ce que je dirais à la Julie de 24 ans
Je lui dirais :
ça va être difficile.
Parfois violent.
Mais il y aura un après.
Tu vas apprendre énormément sur toi.
Tu vas te sentir grandie.
Et un jour, tu seras fière de tout ce que tu as réussi à traverser.
À une personne jeune qui vient de faire un AVC
Je lui dirais que sa vie ne s’arrête pas.
Même si elle a l’impression que tout s’écroule.
Même si certains projets ne seront plus possibles exactement comme avant.
D’autres chemins peuvent apparaître.
Moi, j’ai fait des études de droit.
Je ne serai peut-être pas juriste, juge, avocate ou doctorante.
Mais il existe énormément d’autres choses à construire.
Ne jamais perdre espoir
S’il y avait une chose que j’aimerais que les personnes retiennent de mon histoire, ce serait celle-là :
ne jamais perdre espoir.
Croire en l’avenir.
Croire en soi.
Accepter que la reconstruction prenne du temps.
Au début, je pensais être de retour à la faculté en quinze jours.
On m’a expliqué que cela pouvait prendre des années.
Et aujourd’hui, je comprends.
Quelques mois ou quelques années consacrés à sa santé physique et mentale ne sont pas perdus.
« Ce qui compte, ce n’est pas le temps qu’on met. C’est l’arrivée. »
FAQ — Comprendre l’AVC avec des mots simples
Qu’est-ce qu’un AVC ?
Un accident vasculaire cérébral correspond à l’apparition brutale d’un déficit neurologique provoqué par une lésion vasculaire dans le cerveau.
Il existe principalement deux grands mécanismes :
l’AVC ischémique, lorsqu’un vaisseau est obstrué ;
l’AVC hémorragique, lorsqu’un vaisseau cérébral se rompt et provoque un saignement. Inserm
Peut-on faire un AVC quand on est jeune ?
Oui.
Même si la fréquence des AVC augmente nettement avec l’âge, ils peuvent également survenir chez des adultes jeunes.
En France, en 2022, 5 610 personnes âgées de 18 à 44 ans ont été hospitalisées pour un AVC. Santé publique France
Julie avait 24 ans lorsqu’elle a fait le sien. Au cœur de l’AVC à 24 ans
Quels sont les principaux signes d’un AVC ?
Les signes apparaissent généralement brutalement.
Ils peuvent comprendre une paralysie ou un engourdissement du visage, une perte de force d’un membre, un trouble de la parole, une perte d’équilibre, un trouble visuel ou un mal de tête brutal et inhabituel. Ameli
Au moindre doute : appelez immédiatement le 15 ou le 112.
Qu’est-ce qu’un AVC ischémique ?
Il survient lorsqu’une artère cérébrale est obstruée.
Une partie du cerveau n’est alors plus correctement alimentée en sang et en oxygène. Inserm
Qu’est-ce qu’un AVC hémorragique ?
Il survient lorsqu’un vaisseau sanguin cérébral se rompt et provoque un saignement dans ou autour du cerveau. Inserm
Qu’est-ce qu’un AIT ?
Un accident ischémique transitoire peut provoquer des symptômes neurologiques comparables à ceux d’un AVC, mais ceux-ci disparaissent rapidement.
Cette disparition ne signifie pas que le danger est écarté : l’AIT est lui aussi une urgence médicale nécessitant d’appeler le 15 ou le 112. Ameli
Pourquoi faut-il agir rapidement ?
Parce que la rapidité de prise en charge influence les chances de survie, la récupération et l’importance des séquelles.
L’Assurance Maladie insiste donc sur la nécessité d’appeler immédiatement les secours dès l’apparition de signes évocateurs. Ameli
La rééducation peut-elle continuer plusieurs années après un AVC ?
Oui, selon les besoins de la personne.
La HAS prévoit une rééducation et une réadaptation tout au long du parcours de soins et formule également des recommandations spécifiques pour la phase chronique, c’est-à-dire après six mois. Haute Autorité de Santé
Le rythme, les professionnels impliqués et les objectifs sont individualisés.
Peut-on avoir des séquelles invisibles après un AVC ?
Oui.
Les conséquences d’un AVC ne sont pas toutes immédiatement perceptibles.
Julie raconte notamment des troubles de sensibilité, de mémoire, de concentration, d’équilibre et une fatigue importante alors qu’elle peut marcher et sembler aller bien extérieurement.
La fatigue peut-elle persister longtemps ?
Le parcours de chaque personne est différent.
Dans le cas de Julie, la fatigue reste une séquelle majeure trois ans et demi après son AVC et nécessite une organisation spécifique de ses journées. Au cœur de l’AVC à 24 ans
La prise en charge post-AVC doit être adaptée aux difficultés et limitations de chaque patient. Haute Autorité de Santé
Ressources utiles et soutien
🚨 En cas de suspicion d’AVC
Appelez immédiatement le 15 ou le 112.
Pour les personnes sourdes ou malentendantes qui ne peuvent pas téléphoner, le 114 permet également de contacter les services d’urgence. Ameli
🧠 Assurance Maladie
L’Assurance Maladie propose des informations sur les symptômes, l’AIT, les gestes à adopter et la prise en charge d’urgence.
🔬 Inserm
L’Inserm propose un dossier scientifique consacré aux mécanismes, facteurs de risque et traitements des AVC.
🏥 Haute Autorité de santé
La HAS regroupe ses recommandations sur la prise en charge précoce, la rééducation, la réadaptation et le suivi après AVC. Haute Autorité de Santé
🤝 Fédération France AVC
La Fédération France AVC et ses antennes locales accompagnent les personnes ayant subi un AVC et leurs proches.
Julie évoque notamment France AVC 67, qui est devenue pour elle une véritable seconde famille. Au cœur de l’AVC à 24 ans
Pour aller plus loin avec États Dames
À travers son témoignage, Julie donne à entendre tout ce que l’on voit rarement lorsque l’on parle d’un AVC.
Il y a l’urgence médicale.
Mais il y a surtout l’après.
La fatigue.
Les séquelles.
La perte de certains repères.
Le handicap invisible.
La dépression.
La rééducation.
Les petites victoires.
Et cette question intime :
comment se reconstruire lorsque l’on ne peut plus redevenir exactement la personne que l’on était avant ?
Julie ne prétend pas que le chemin est simple.
Elle ne minimise pas la violence de l’épreuve.
Mais plusieurs années après son AVC, elle porte un message qu’elle aurait aimé pouvoir entendre elle-même à 24 ans :
« Il y aura un après. » Au cœur de l’AVC à 24 ans
🎙️ États Dames — Au cœur de votre santé



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