Inceste : le témoignage d’Ardel, victime dès l’âge de 11 ans
⚠️ Trigger Warning
Cet épisode aborde l’inceste et les violences sexuelles sur mineurs. Certains passages peuvent être particulièrement éprouvants.
Si cette écoute provoque une détresse importante ou fait remonter des émotions difficiles, n’hésitez pas à l’interrompre et à vous tourner vers un professionnel de santé ou une structure spécialisée dans l’accompagnement des victimes de violences sexuelles.
Inceste : le témoignage d’Ardelle, victime dès l’âge de 11 ans
Pendant quatorze ans, Ardel a vécu des violences sexuelles intrafamiliales qui ont commencé lorsqu’elle avait seulement 11 ans. Derrière une vie qui semblait normale, elle raconte une enfance marquée par le silence, la culpabilité, le rejet de son propre corps et la peur de ne pas être crue.
À 30 ans, une rencontre lui permet pour la première fois de mettre des mots sur son histoire et l’encourage à porter plainte. Dans cet épisode du podcast États Dames, Ardel témoigne de l’inceste, du silence familial et du long chemin de reconstruction qui commence aujourd’hui pour elle.
« J’avais seulement 11 ans »
Le témoignage d’Ardel commence par une phrase particulièrement forte :
« J’ai fait confiance à la personne qui était censée me protéger et j’avais seulement 11 ans. »
À cet âge, Ardelle est encore une enfant. Elle explique ne pas avoir les connaissances lui permettant de comprendre immédiatement la gravité de ce qu’elle subit.
Les premiers attouchements lui sont présentés comme un « jeu ». Parce que l’auteur présumé des faits est son géniteur, une personne censée la protéger, elle lui fait confiance.
Elle ne sait pas encore mettre de mots sur ce qui se passe.
Ce qu’elle décrit aujourd’hui comme un cauchemar va pourtant durer quatorze années.
Une enfance qui semblait normale de l’extérieur
L’un des aspects les plus marquants du témoignage d’Ardelle est le contraste entre ce qu’elle vivait intérieurement et ce que son entourage pouvait percevoir.
Elle allait à l’école. Elle participait aux tâches de la maison. Elle préparait à manger. Elle s’occupait de ses frères et sœurs. Elle sortait.
En apparence, la vie continuait normalement.
Mais derrière cette normalité se trouvait une enfant qui, selon ses propres mots, était « détruite » intérieurement.
Cette opposition entre l’image donnée aux autres et la souffrance vécue en silence traverse une grande partie de son témoignage.
Détester son corps et croire qu’il était responsable
Pendant très longtemps, Ardel retourne la responsabilité contre elle-même.
Elle raconte avoir profondément détesté son corps et avoir associé le début des violences aux transformations physiques qu’elle observait en grandissant.
Elle se disait que si son corps n’avait pas changé, elle n’aurait peut-être pas vécu tout cela.
Une phrase revenait notamment lorsqu’elle parlait avec l’une de ses meilleures amies :
« Je préférais quand j’avais 8 ans. »
Son amie ne pouvait alors pas comprendre tout ce qui se cachait derrière ces quelques mots.
Aujourd’hui, à 32 ans, Ardel explique qu’elle essaie progressivement de faire la paix avec son corps, celui-là même qu’elle a longtemps rendu responsable des violences qu’elle avait subies.
Parler et ne pas être crue par sa propre mère
Révéler son histoire n’a pas immédiatement apporté à Ardel le soutien familial qu’elle aurait souhaité recevoir.
Elle raconte notamment la douleur ressentie face à la réaction de sa mère, qu’elle appelle aujourd’hui sa « génitrice ».
Selon Ardel, sa mère était au courant des violences. Elle estime qu’elle a préféré préserver son couple plutôt que de protéger son enfant. Ardel raconte également que sa mère ne la croit toujours pas aujourd’hui.
L’une de ses réactions l’a particulièrement marquée : lui demander si ce qu’elle racontait était vrai.
Pour Ardel, cette question a été profondément douloureuse.
À la violence qu’elle dit avoir subie pendant son enfance et sa jeunesse s’ajoute alors une autre blessure : celle de ne pas se sentir crue et soutenue par sa propre mère.
Quatorze années qui ont transformé son rapport aux hommes
Ardel parle également sans détour des conséquences de son histoire sur sa vie d’adulte et notamment sur son rapport aux hommes.
Elle explique être devenue extrêmement dure avec eux, parfois agressive, et avoir construit une véritable carapace autour d’elle.
Elle établit elle-même un lien entre certains de ces comportements et les quatorze années de violences qu’elle raconte avoir traversées.
Son témoignage montre ainsi que parler de l’inceste ne consiste pas uniquement à raconter des faits appartenant au passé.
Il faut également parler de ce qui reste après : le rapport au corps, la confiance, les relations aux autres, la colère, la peur et les mécanismes de protection construits au fil des années.
À 30 ans, enfin mettre des mots sur son histoire
Pendant des années, Ardel garde son histoire pour elle.
Puis, à 30 ans, elle consulte une kinésiologue.
Pour la première fois, elle parle de ce qu’elle a vécu.
Cette professionnelle l’encourage à porter plainte.
Mais Ardel hésite.
Elle a peur que personne ne la croie. Elle redoute de se retrouver seule face à sa famille et pense ne pas disposer de suffisamment de preuves.
Quelques mois après cette rencontre, elle décide finalement de franchir le pas et porte plainte.
Après des années de silence, cette démarche marque une étape importante dans son parcours.
Les menaces après avoir porté plainte
Prendre la parole entraîne cependant de nouvelles difficultés.
Ardel raconte recevoir des menaces de la part de membres de sa famille paternelle lorsqu’elle les croise lors d’événements familiaux.
Face à cette situation, elle prend une décision destinée à préserver son bien-être : couper les ponts avec cette partie de sa famille.
Une décision qu’elle vit aujourd’hui comme nécessaire pour continuer à avancer et se protéger.
Se reconstruire après l’inceste : « Je suis au tout début »
Ardel ne cherche pas à donner à son histoire une conclusion artificiellement heureuse.
Lorsqu’elle parle de reconstruction, elle le dit très clairement :
« Si je vous dis que je suis guérie, c’est un mensonge. Je suis au tout début de ma guérison. »
Elle raconte les périodes durant lesquelles elle replonge dans la dépression, mais également les efforts qu’elle fait pour prendre soin d’elle, sortir et retrouver les choses qu’elle aime.
Elle évoque également les personnes qui l’entourent, certains membres de sa famille, ses amis, mais aussi son petit chien, qui l’aide à aller mieux.
La reconstruction qu’elle décrit n’est donc pas linéaire.
C’est un chemin long, difficile et toujours en cours.
Briser le tabou de l’inceste dans les familles
Si Ardel accepte aujourd’hui de témoigner publiquement, c’est également parce qu’elle souhaite contribuer à briser le silence autour des violences sexuelles intrafamiliales.
Elle explique que, dans sa communauté, l’inceste reste selon elle particulièrement tabou.
Elle évoque des victimes qui ne sont parfois pas crues ou auxquelles on demande de garder le silence, de pardonner ou encore de continuer à fréquenter l’auteur des violences parce qu’il s’agit d’un père, d’un frère, d’un oncle, d’un grand-père ou d’un proche de la famille.
Pour Ardel, ces mécanismes empêchent les victimes de faire entendre leur voix et d’avancer dans leur reconstruction.
C’est précisément ce silence qu’elle souhaite aujourd’hui contribuer à briser.
Son témoignage devient alors une manière de reprendre possession de son histoire, mais aussi de parler à toutes les personnes qui n’ont pas encore réussi à mettre des mots sur ce qu’elles vivent ou ont vécu.
« À la petite fille que j’étais, j’aimerais lui dire merci »
L’un des moments les plus bouleversants de cet épisode arrive lorsqu’Ardel s’adresse à l’enfant qu’elle était.
Elle ne lui reproche rien.
Elle la remercie.
« Merci d’avoir été cette petite fille incroyable. »
Elle décrit cette enfant comme courageuse et lui reconnaît une force qu’elle estime parfois ne plus avoir aujourd’hui.
Après avoir longtemps détesté son corps et s’être demandé si elle avait une part de responsabilité dans ce qui lui arrivait, Ardelle porte désormais un autre regard sur cette petite fille.
Elle l’admire.
Elle l’aime.
Et elle considère qu’elle mérite « le monde ».
« Ce n’est pas de votre faute »
À la fin de son témoignage, Ardel choisit de s’adresser directement aux personnes qui vivent aujourd’hui des violences similaires.
Son message est sans ambiguïté :
« Ce n’est pas de votre faute. Ce n’est pas votre corps le problème, ce ne sont pas vos vêtements le problème. »
Elle encourage les victimes à ne pas avoir honte de parler de leur histoire, de dénoncer les violences ou de porter plainte si elles le souhaitent.
Et son témoignage se termine autour d’une conviction essentielle :
La honte doit changer de camp.
Après quatorze années de violences qu’elle raconte avoir subies et des années de silence, Ardel ne prétend pas avoir terminé sa reconstruction.
Mais aujourd’hui, elle parle.
Elle essaie progressivement de faire la paix avec son corps, de regarder autrement l’enfant qu’elle était et de remettre la responsabilité là où elle doit être.
Sa parole ne peut pas effacer ce qui lui est arrivé.
Mais elle lui permet aujourd’hui de reprendre possession de son histoire.
🎧 Écouter le témoignage d’Ardel dans États Dames
Dans cet épisode d’États Dames – Au cœur de votre santé, Ardel raconte les violences sexuelles intrafamiliales qu’elle dit avoir subies à partir de l’âge de 11 ans, les quatorze années durant lesquelles elle a gardé le silence, son rapport au corps, les réactions de sa famille, sa décision de porter plainte et le chemin de reconstruction qu’elle commence aujourd’hui.
Un témoignage pour mettre des mots sur l’inceste, interroger le poids du silence familial et rappeler une chose fondamentale aux victimes : elles ne sont jamais responsables des violences qu’elles subissent.
Si cet épisode vous touche ou si vous pensez qu’il peut aider une personne à se sentir moins seule, n’hésitez pas à le partager autour de vous.
Chaque écoute et chaque partage contribuent à faire entendre ces témoignages et à libérer la parole.




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