❤️ Au cœur des fausses couches : quand le deuil reste invisible
- 29 mai
- 9 min de lecture
🎙️ Trois fausses couches, le deuil invisible de la maternité
Trigger Warning
Cet épisode aborde les thèmes des fausses couches, du deuil périnatal, de la souffrance psychologique et des difficultés liées au désir d'enfant.
🎧 Retrouvez cet épisode sur votre plateforme d'écoute préférée.
Les fausses couches touchent de nombreuses femmes chaque année. Pourtant, elles restent entourées de silence, d'incompréhension et parfois même de solitude.
Dans cet épisode d'États Dames, notre invitée revient avec beaucoup de sincérité sur son parcours marqué par trois fausses couches précoces. Elle partage le choc de l'annonce médicale, les espoirs brisés, les questions sans réponses, mais aussi l'impact sur son couple, sa santé mentale et sa vision de la maternité.
Un témoignage bouleversant qui rappelle qu'une grossesse interrompue, même très précoce, représente souvent un véritable deuil.
Le saviez-vous ?
Selon les estimations, environ une grossesse sur quatre se termine par une fausse couche spontanée. Pourtant, de nombreuses femmes témoignent encore d'un manque d'accompagnement psychologique et d'information après cette épreuve.
Citation forte de l'épisode
« Même si ce n'est que huit semaines, on se fait quand même des films. On s'invente toute une histoire. »
Les moments clés de l'épisode
Une première fausse couche qui bouleverse tout
L'invitée apprend sa première grossesse puis constate des saignements anormaux. Lors de la consultation d'urgence, la gynécologue lui annonce que le cœur du bébé ne bat plus.
Elle rentre ensuite chez elle avec très peu d'explications et seulement un rendez-vous de contrôle pour vérifier que tout a bien été évacué.
Quand la deuxième fausse couche fait naître les questions
La deuxième perte de grossesse est vécue différemment.
Après le choc initial, une autre inquiétude apparaît :
Pourquoi cela recommence ?
Est-ce que nous arriverons à avoir un enfant ?
Y a-t-il un problème ?
À partir de ce moment-là, le doute s'installe durablement.
Le poids du deuil invisible
L'invitée explique que même lorsqu'une grossesse s'arrête très tôt, les projets existent déjà :
imaginer son bébé,
réfléchir à un prénom,
se projeter dans l'avenir,
acheter les premiers vêtements.
La fausse couche entraîne alors un véritable processus de deuil souvent minimisé par l'entourage.
Voir des femmes enceintes partout
Après ses pertes de grossesse, elle traverse une période particulièrement difficile.
Les rayons bébé, les publicités, les séries télévisées ou encore les grossesses de ses proches deviennent douloureux à voir.
Elle évoque même une période proche de la dépression où la souffrance était omniprésente.
L'impact sur le couple
Les fausses couches ne touchent pas uniquement la femme.
Le couple est également impacté :
incompréhensions,
tristesse,
tensions,
questionnements sur l'avenir.
L'invitée explique combien il est parfois difficile de communiquer lorsque chacun vit son deuil différemment.
Le tabou des trois mois de grossesse
L'épisode questionne également la fameuse règle qui consiste à attendre trois mois avant d'annoncer une grossesse.
Pour l'invitée, ce silence peut parfois renforcer l'isolement.
Elle explique qu'après ses expériences, elle a choisi de parler plus tôt de sa grossesse afin de pouvoir être entourée si quelque chose arrivait.
Trouver du soutien et continuer à avancer
Malgré la douleur, l'invitée délivre un message d'espoir.
Elle encourage les femmes concernées à :
demander de l'aide,
consulter un psychologue si besoin,
changer de professionnel de santé lorsqu'elles ne se sentent pas entendues,
et surtout ne pas rester seules face à leur souffrance.
Ce que cet épisode nous apprend
La fausse couche n'est pas uniquement un événement médical.
C'est aussi :
un bouleversement émotionnel,
un deuil,
une remise en question,
une épreuve pour le couple,
et parfois une blessure durable.
Reconnaître cette souffrance est une étape essentielle vers une meilleure prise en charge des femmes concernées.
Transcription de l'épisode
Trois fausses couches, trois deuils invisibles
Stéphanie Jary :
Aujourd'hui, je reçois Émilie. Elle a vécu trois fausses couches précoces avant de devenir maman.
Dans cet épisode, elle revient sur ce parcours marqué par la perte, l'attente, les doutes, mais aussi l'espoir.
« On nous laisse rentrer chez nous sans plus d'explications »
Émilie :
J'ai vécu trois fausses couches, toutes très précoces.
Les deux premières ont eu lieu à huit et cinq semaines d'aménorrhée. À chaque fois, tout a commencé par des saignements rouges vifs. Ce sont des saignements qui ne sont pas normaux en début de grossesse, alors j'ai consulté en urgence.
La première fois, la gynécologue m'a annoncé que le cœur du bébé ne battait plus.
La deuxième fois, le gynécologue ne trouvait même pas d'embryon. Il m'a simplement dit : « C'est fini, il n'y a plus rien. »
Puis, dans les deux cas, je suis rentrée chez moi.
J'ai eu un rendez-vous quelques jours plus tard pour vérifier que tout avait bien été évacué, mais c'est tout.
Je garde encore aujourd'hui cette sensation d'être repartie sans véritable accompagnement, sans réponses et sans explications.
Une grossesse biochimique qui passe souvent inaperçue
La troisième fausse couche était différente.
Il s'agissait d'une grossesse biochimique, une grossesse extrêmement précoce que beaucoup de femmes ne remarquent même pas.
À cette période, nous essayions d'avoir un deuxième enfant. Je faisais beaucoup de tests d'ovulation et j'ai utilisé un test de grossesse très précoce.
J'ai découvert que j'étais enceinte environ une semaine avant la date prévue de mes règles.
La prise de sang a confirmé la grossesse, mais le taux était très faible.
Cette fois-là, c'est surtout ma médecin traitante qui m'a accompagnée.
Je me suis sentie écoutée, soutenue et suivie. Cela a fait une énorme différence dans mon vécu.
Le deuil d'un bébé que l'on avait déjà imaginé
La première fausse couche a été un véritable choc.
Même lorsque la grossesse s'arrête à huit semaines, on commence déjà à imaginer une vie entière.
On se demande si ce sera une fille ou un garçon.
On réfléchit à des prénoms.
On se projette.
J'avais même acheté un petit body en imaginant le jour où mon bébé le porterait.
Alors quand tout s'arrête, il faut faire le deuil de tous ces projets.
Le deuil d'un enfant que l'on n'a jamais connu, mais que l'on avait déjà commencé à aimer.
Quand la deuxième fausse couche fait naître la peur
La deuxième fois, la tristesse était toujours là, mais elle s'accompagnait d'autres questions.
Pourquoi cela recommence-t-il ?
Est-ce que nous arriverons un jour à avoir un autre enfant ?
Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ?
Une première fausse couche peut être perçue comme un accident de parcours.
Mais lorsque cela se reproduit, le doute s'installe.
On commence à se demander si quelque chose ne va pas.
Voir des bébés partout
L'année qui a suivi a été particulièrement difficile.
À cette période, toutes mes amies semblaient tomber enceintes.
Mes belles-sœurs aussi.
J'avais l'impression qu'il y avait des bébés partout autour de moi.
Je ne supportais plus les rayons bébé dans les magasins.
Même les boîtes de lait pour nourrissons me rendaient triste.
Les publicités avec des bébés me faisaient pleurer.
Et lorsqu'une actrice tombait enceinte dans une série que je regardais, j'arrêtais parfois complètement la série.
Avec le recul, je pense avoir traversé une période dépressive.
L'impact sur le couple
Ces épreuves ont également eu des conséquences sur notre couple.
Mon mari était touché lui aussi, même s'il exprimait les choses différemment.
Je crois qu'il se posait les mêmes questions que moi : est-ce que nous y arriverons un jour ?
Mais comme j'étais constamment triste, cela créait parfois des incompréhensions.
Il ne comprenait pas toujours certaines de mes réactions.
Et moi, je me sentais seule dans ma douleur.
Les fausses couches ne touchent pas seulement la femme.
Elles bouleversent aussi l'équilibre du couple.
Le tabou des trois mois
Pour notre première grossesse menée à terme, nous avons attendu le fameux cap des trois mois avant d'en parler autour de nous.
Mais après tout ce que nous avions vécu, j'ai fini par me demander pourquoi.
Pourquoi cacher une grossesse ?
Pourquoi cacher une fausse couche ?
Si quelque chose arrive, n'a-t-on pas justement besoin d'être entourés ?
Pour notre deuxième enfant, nous avons décidé de l'annoncer beaucoup plus tôt.
Nous avions besoin de vivre cette grossesse autrement.
Et surtout, nous voulions pouvoir être soutenus si quelque chose devait arriver.
« Il faut continuer d'y croire »
Stéphanie Jary :
Quel message aimerais-tu adresser aux femmes qui vivent actuellement plusieurs fausses couches et qui n'ont plus d'espoir ?
Émilie :
C'est difficile de donner des conseils lorsque l'on est soi-même passée par là.
Mais je crois qu'il faut continuer d'y croire.
Et surtout, ne pas en vouloir aux autres femmes qui tombent enceintes.
On ne connaît jamais vraiment leur histoire.
Certaines ont peut-être traversé les mêmes épreuves dans le silence.
Je pense aussi qu'il ne faut pas hésiter à demander de l'aide.
Changer de médecin si l'on ne se sent pas écoutée.
Consulter un psychologue si nécessaire.
Il n'y a aucune honte à être accompagnée.
Conclusion
Stéphanie Jary :
Merci beaucoup Émilie pour ce témoignage empreint de sincérité et d'espoir.
Merci d'avoir mis des mots sur une réalité encore trop souvent invisibilisée.
Vous écoutiez États Dames, le podcast au cœur de votre santé.
FAQ – Fausses couches
Qu'est-ce qu'une fausse couche précoce ?
Une fausse couche précoce correspond à l'arrêt spontané d'une grossesse avant 14 semaines d'aménorrhée. Elle survient le plus souvent au cours du premier trimestre de grossesse.
Quels sont les signes d'une fausse couche ?
Les signes peuvent varier selon les femmes, mais les plus fréquents sont :
des saignements vaginaux rouges ou brunâtres,
des douleurs abdominales ou pelviennes,
la disparition brutale des symptômes de grossesse,
des crampes similaires à celles des règles.
En cas de doute, il est important de consulter rapidement un professionnel de santé.
Une grossesse très précoce peut-elle provoquer un véritable deuil ?
Oui.
Même lorsque la grossesse s'arrête très tôt, de nombreuses femmes ont déjà commencé à se projeter dans leur future maternité.
Le deuil ne dépend pas du nombre de semaines de grossesse mais de l'attachement, des espoirs et des projets qui avaient commencé à naître.
Pourquoi parle-t-on de grossesse biochimique ?
Une grossesse biochimique est une grossesse qui s'interrompt très précocement, souvent avant même qu'une échographie puisse détecter un embryon.
Elle est généralement identifiée grâce à un test de grossesse positif suivi d'une baisse rapide du taux d'hormone HCG.
Combien de fausses couches peut-on avoir avant qu'un bilan soit proposé ?
Dans de nombreux cas, les médecins commencent à rechercher des causes plus approfondies après plusieurs fausses couches successives.
Toutefois, chaque situation est unique et il est important de discuter avec son médecin si des inquiétudes persistent.
Est-il normal de ressentir de la colère après une fausse couche ?
Oui.
La colère, l'injustice, la tristesse, la culpabilité ou encore la jalousie face aux grossesses des autres font partie des émotions fréquemment rapportées après une perte de grossesse.
Ces réactions sont humaines et font souvent partie du processus de deuil.
Pourquoi est-il parfois difficile de voir des femmes enceintes après une fausse couche ?
Après une perte de grossesse, certaines situations du quotidien peuvent devenir douloureuses :
voir des femmes enceintes,
assister à des naissances,
recevoir des annonces de grossesse,
voir des publicités ou des rayons bébé.
Ces réactions sont fréquentes et témoignent souvent d'une souffrance encore présente.
Les fausses couches peuvent-elles avoir un impact sur le couple ?
Oui.
Chaque partenaire vit généralement la perte différemment.
Certaines personnes expriment leurs émotions ouvertement, tandis que d'autres les intériorisent davantage.
Cette différence peut parfois créer des tensions ou un sentiment d'incompréhension au sein du couple.
Faut-il attendre trois mois avant d'annoncer une grossesse ?
Il n'existe aucune obligation.
Certaines personnes préfèrent attendre la fin du premier trimestre tandis que d'autres choisissent de partager la nouvelle plus tôt afin d'être soutenues en cas de difficulté.
Le choix appartient à chaque famille.
Pourquoi les fausses couches restent-elles un sujet tabou ?
Malgré leur fréquence, les fausses couches sont encore peu évoquées publiquement.
De nombreuses femmes témoignent d'un manque de compréhension ou d'écoute de la part de leur entourage.
Parler de ces expériences contribue à briser l'isolement et à reconnaître la réalité du deuil périnatal.
Quand faut-il consulter un psychologue après une fausse couche ?
Il peut être utile de consulter lorsqu'on ressent :
une tristesse persistante,
un sentiment de vide important,
des difficultés à reprendre son quotidien,
des angoisses envahissantes,
ou un besoin de parler à une personne extérieure.
Demander de l'aide n'est jamais un signe de faiblesse.
Peut-on retomber enceinte après plusieurs fausses couches ?
Oui.
De nombreuses femmes parviennent à mener une grossesse à terme après une ou plusieurs fausses couches.
Chaque parcours est différent et nécessite parfois un suivi médical plus rapproché.
Comment soutenir une femme qui vient de vivre une fausse couche ?
Les gestes les plus aidants sont souvent les plus simples :
écouter sans juger,
reconnaître sa douleur,
éviter les phrases minimisantes,
respecter son rythme,
rester présent même plusieurs semaines après l'événement.
Quel message retenir de cet épisode ?
La fausse couche est bien plus qu'un événement médical.
C'est souvent un deuil, une épreuve émotionnelle et parfois un parcours semé de doutes.
Mais c'est aussi une histoire de résilience, d'espoir et de reconstruction, comme le montre le témoignage d'Émilie dans cet épisode d'États Dames.
Ressources utiles et soutien
Traverser une fausse couche ou un deuil périnatal peut être profondément bouleversant. Si vous ressentez le besoin d'être accompagnée, écoutée ou informée, voici quelques ressources reconnues :
🌿 Association Petite Émilie
Association spécialisée dans l'accompagnement des familles confrontées à une fausse couche, une interruption médicale de grossesse (IMG) ou un deuil périnatal. Vous y trouverez :
un forum d'entraide,
des témoignages,
des ressources pratiques,
des livrets d'accompagnement,
et du soutien pour les parents endeuillés.
🤍 Association AGAPA
AGAPA accompagne depuis plus de 25 ans les personnes touchées par :
une fausse couche,
une grossesse interrompue,
une IMG,
une mort in utero,
ou un deuil périnatal.
L'association propose :
des groupes de parole,
des accompagnements individuels,
des cafés-rencontres,
des espaces d'écoute partout en France et en visioconférence.
🎧 Podcasts et ressources autour du deuil périnatal
Une sélection de ressources pour mieux comprendre le deuil périnatal :
podcasts,
livres,
témoignages,
documentaires,
conférences.
📚 Livres recommandés
Parmi les ouvrages régulièrement recommandés :
Le deuil périnatal — Marie-José Soubieux
Surmonter la mort de l'enfant attendu — Élisabeth Martineau
Quel âge aurait-il aujourd'hui ? Le tabou des grossesses interrompues — Stéphane Clerget
Dans ces moments-là — Hélène Gérin
🩺 Demander de l'aide
Si vous ressentez :
une tristesse persistante,
une détresse psychologique importante,
un isolement,
des angoisses envahissantes,
ou des difficultés à reprendre votre quotidien,
n'hésitez pas à consulter :
votre médecin traitant,
une sage-femme,
un psychologue,
ou un professionnel spécialisé en périnatalité.
Demander de l'aide n'est jamais un signe de faiblesse.
N'hésitez pas à partager si vous connaissez des associations etc.


Commentaires